Scène ouverte de poésie : L’Octogone des poètes

Quand :
4 novembre 2021 @ 18 h 00 min – 21 h 00 min
2021-11-04T18:00:00+00:00
2021-11-04T21:00:00+00:00
Où :
Divanoo
Contact :
MAILTO:noreply@facebookmail.com

Bonjour à toutes et à tous,

La scène ouverte de poésie L’Octogone des poètes a lieu tous les jeudis au Divanoo à partir de 19H00.

Nous vous invitons à vous joindre à nous pour partager de la poésie.

Comme à l’accoutumé chacune et chacun d’entre vous pourra lire, dire, interpréter, slamer, chanter, fredonner, crier, susurrer, déclamer … des textes de sa plume ou de tout autre auteur(e) et quelle qu’en soit le langage ou la langue.

Les musiciens et les musiciennes sont bien sûr invités à nous accompagner.

Au plaisir de vous retrouver ou de faire votre connaissance

_____________________________________

Le monde ne veut plus

Je me suis réveillé avec l’intérieur du crâne dans le même état qu’hier soir
Qui ne résonne plus vraiment ou pas du tout avec le monde autour de moi.
Son observation, si j’arrive encore à l’observer et à m’observer en son sein
Ne m’offre plus de prise sur lui
Et je ne veux pas
Qu’il prenne entière emprise sur moi.

L’ordinateur ne me répond plus
Valérie m‘a appelé
Elle m’a rappelé
Qu’il faut que je crée et envoie à tous
Le Doodle pour décider du week-end
Pendant lequel nous nous retrouverons
Pour nous lire ce que nous écrivons.
Mais l’ordinateur ne veut pas

Mon corps non plus ne sent plus ce monde comme avant
Mais est-ce dû à mon corps, à ma tête ou à ce monde ?
Et pourquoi l’ordinateur lui ne veut-il pas ?

Il y a plus dix de minutes, j’ai cliqué sur finaliser
Depuis l’icône indique que le logiciel travaille
Mon corps l’écrit, mon esprit l’observe
Je m’observe en train de l’écrire
Et c’est comme si je n’observais rien
Et sans que mon corps ressente ce qui se fait
Ni que mon esprit sache y être pour quelque chose
Comme s’il ne se passait rien quoi que je me vois l’écrire
Alors que je sais au fond de moi que je suis en pleine forme physique, mental et psychique
Sinon, je le ressens, ce monde me paraitrait normal et je résonnerais corps et âme avec lui
Et je sais que ça ne doit rien avoir à voir
Avec ce qu’un ordinateur
Sans âme ni corps à lui
Veux ou ne veux pas

Il ne veut toujours pas
Rien ne change sur l’écran
L’icône clignote
Rien n’indique combien de temps il clignotera
Et mon corps et ma tête ne se résignent à tout recommencer
Refaire en espérant que cette fois ça marchera
Que l’ordinateur voudra
On ne sait presque jamais
Pourquoi il ne veut pas

Claire a ce matin pris rendez-vous pour se faire injecter une deuxième dose
Puis elle a appelé le centre de pharmacovigilance
Pour leur dire ce qu’elle va faire
Pour pouvoir aller voir ses parents en Angleterre
Et leur demander qui sera responsable
À qui ils devront demander pourquoi
Si à nouveau il lui arrive
Des effets indésirables, graves
Ou pire
Qu’après la première dose

J’ai changé de navigateur
Recréé le Doodle
Recliqué sur l’icône finaliser
Et l’ordinateur a bien voulu
Et j’ai envoyé le mail
C’était un peu long
Redondant
Mais pas si compliqué
Mais ce fameux week-end leur lirais-je ce que j’écris-là ?

Pendant tout ce temps Claire a discuté avec une femme
Avec laquelle j’ai déjà longuement discuté
Lui ai tant parlé d’elle que cette femme la connait déjà un peu
Puis j’ai compris que ce n’était pas la médecin
Mais sa secrétaire avec laquelle j’ai aussi déjà longuement discuté
Qui elle aussi alors quelque part connait déjà un peu Claire
Et qui lui a aussi dit que la médecin la rappellera plus tard
Pour elle aussi encore discuter avec elle

Raccroché le téléphone Claire a dit que c’est du temps perdu
Qu’elle ne fait que refaire, répéter, redire ce qu’elle m’a déjà dit
Que j’ai redit, écrit, publié, lu, réécrit, relu, répété, déclaré officiellement
Sans que ça ne fasse rien
Des femmes, des hommes nous en parlent
Tout comme certains icones clignotent
Sans que ça ne change rien
La loi est la loi
Les médecins ne la changeront pas
Le logiciel est ce qu’il est
Ce monde ne veut pas
Ce monde ne veut plus

Elle ne sait plus à qui ni quoi dire
Comment répéter ce qu’il lui arrive
Ne change rien au cauchemar
Ce monde n’est même pas un ordinateur
Elle ne peut pas changer de navigateur
Il n’y en a qu’un seul
Et les ordinateurs ne ressentent
Ni ne comprennent les cauchemars
Pas les cauchemars humains

Et ce monde fonctionne peut-être déjà
Comme un ordinateur ou comme un cauchemar
Comme certains d’entre nous y fonctionnent maintenant
Telle une pièce électronique ou un monstre machinal
Intriqué en son sein
Infimes composants, plus d’autres choix
Et quand l’ordinateur ne veut pas…
Et si ce monde ne veut plus…

Et c’est peut-être pour ça que ma tête ni mon corps
Ne résonne plus en phase avec ce monde
Plutôt seul en moi-même
Avec ce mal de crâne très intérieur
Que je lui préfère amèrement
Pour ne pas être un de ces composants
Qui fait ou ne fait pas ou se désactive
Comme l’ordinateur veut
Comme le monde
Qui tel un ordinateur
Veut maintenant
Ou ne veut pas
Ou ne veut plus fonctionner
Ni me faire fonctionner
Ou résonner en moi
Ou n‘y plus fonctionner
Et n’y pas résonner
Alors ne plus raisonner
Ne plus dysfonctionner
Ni déraisonner
En phase avec lui
Et ne pas me laisser asservir
Ni happer
Ni annihiler.

Alexandre Schmitt
Le mardi 30 novembre 2021

https://www.facebook.com/events/180952764174042/?event_time_id=199207455681906